Août
15

Regard sur le phénomène des micro-maisons.

  
En tant que professionnels de l’immobilier, nous suivons avec grand intérêt les évolutions du marché de l’immobilier ainsi que les nouvelles tendances en matière de construction. Bien que le phénomène des micro-maisons reste marginal en Europe et presque inexistant au Luxembourg, il est indéniablement poussé par une certaine dynamique et commence à connaître un succès grandissant.

Que sont ces micro-maisons ? :
Appelées « tiny houses » en anglais, il s’agit de toutes petites maisons sans fondation entre 20 et 30m2 de surface habitable. Construites en bois, elles proposent tout le confort dans un espace réduit complètement optimisé. Ces maisons sont en général transportables par camion ou bien par remorque ce qui leur confère l’avantage d’être déplacées d’un terrain à un autre. Il existe maintenant des modèles plus grands qui proposent plus d’espace de vie et qui sont le plus souvent fixes mais toujours sans fondation. Ces logements peuvent être construits par soi-même ou bien achetés sur catalogue et livrés finis.  En France, avec près d’une soixantaine de fabricants, ces petites habitations mobiles, montées sur une remorque plateau, ont le vent en poupe.

Il faut compter entre 30.000 à 60.000 euros pour acquérir une de ces maisons à roulettes. Sachez toutefois qu’elles répondent à des règles strictes d’installation. Comme tout habitat roulant les micro-maisons doivent respecter les lois qui réglementent les caravanes. Le prix au mètre carré est supérieur à l’immobilier classique mais les dépenses d’entretien et les charges sont quasiment inexistante une fois la construction terminée et surtout requiert peu de terrain à acheter ou à louer.

D’où vient ce phénomène ?
Tout a commencé en 2005 après l’ouragan Katrina, et le mouvement s’est ensuite intensifié après la crise des subprimes en 2008. Le concept a pris de l’ampleur quand de nombreux propriétaires ont vu les banques se réapproprier leurs logements aux États-Unis. Le but était alors de pouvoir construire soi-même sa maison à bas coût.

Où en est ce phénomène ?
Aujourd’hui, les micro-maisons ne répondent plus simplement à un simple problème économique comme en 2005 mais à de véritables besoins de logement et de liberté. Tout d’abord, elles apportent peut-être la taille idéale à nos besoins de logement. Comme l’écrivait L’essentiel en juin 2018 à propos d’une étude d’Eurostat. « En 2016, 54,1% de la population vivaient dans un logement «trop grand», révèle une étude publiée par Eurostat, ce mardi. Le Grand-Duché se situe à la 6e place du classement, dominé par l’Irlande (70,6% de logements sous-occupés), Chypre (69,6%) et Malte (68,4%). » Dans l’Union européenne, plus d’une personne sur trois (34,8%) habite dans un appartement ou une maison qui possède plus de chambres que nécessaire.

Ensuite, l’idée d’une croissance intelligente, à faible coût, alliée à des situations de vie sur mesure prend de l’ampleur un peu partout. Mike Schmidt, le directeur du développement commercial pour l’Association de l’industrie des Tiny Homes (USA), pense que le moment est idéal. En effet, deux vagues démographiques sont en train de se croiser, les baby-boomers qui vont prendre leur retraite et la génération des « millennials » qui veut des logements flexibles, mobiles et sans dette.  Cette génération privilégie avant tout l’usage à la possession et se montre plus sensible au poids de l’image ainsi qu’à l’impact écologique de leur mode de vie.

Qu’en est-il du Luxembourg ?
Il existe peu d’initiative sur le sujet au Luxembourg et nous pensons que bien que le marché de l’immobilier soit très tendu avec une offre réduite de logements en face d’une demande importante; les micro-maisons ne devraient pas encore connaître un grand engouement dans l’immédiat. Une des raisons à cela réside dans le fait que le terrain reste rare et cher. Le niveau de vie élevé de la population fait aussi que ce marché ne trouve pas d’écho pour ce genre de logement.
Mais en sera-t-il toujours le cas dans le futur ?
Nous ne pouvons pas l’assurer car le phénomène répond aujourd’hui davantage à un style de vie ainsi qu’à des critères écologiques plutôt qu’à un simple critère économique. Les nouveaux arrivants au Luxembourg sont des « millennials » et sont sensibles à ces thèmes ; ils privilégient d’ailleurs déjà de petits logements en choisissant des collocations.
Ensuite parce qu’il est possible d’imaginer que des investisseurs aient l’idée d’acquérir du terrain au Luxembourg pour le louer à de multiples propriétaires de micro-maisons. L’investissement pourrait se révéler rentable étant donné le peu de place dont a besoin un micro-maison. Les terrains n’ont de surcroit pas besoin d’être viabilisés.

Il existe cependant une initiative locale de construction d’un village de micro-maisons et qui commence à faire parler d’elle. Il s’agit de laTiny House community au Luxembourg qui souhaite développer un village de micro-maisons au Luxembourg. Ils organisent des journées découverte afin de faire connaître leur initiative, comme la Tiny House open day qui aura lieu à la Kockelscheuer le 26 août prochain. Ils déclarent que de plus en plus de propriétaires de terrain sont ouverts à l’idée de louer de toutes petites parcelles à des propriétaires de micro-maisons.

Que peut-on en conclure ?
Il est indéniable qu’il s’agit là d’un mouvement de fond qui n’est pas éphémère. Ce mouvement est encore marginal certes, mais il prend de plus en plus d’importance en Europe. Il répond à la fois à une recherche de liberté, de mobilité, d’écologie, que de coût bas de logement. Il est clair que le manque de petite surface donne de nouvelles idées aux entrepreneurs et aux investisseurs. Encore inexistant au Luxembourg, (il existe une seule micro-maison au Luxembourg) il n’est pas exclu que ce concept réussisse à trouver son marché, d’une part parce qu’il pourrait s’avérer rentable de proposer de louer de toutes petites parcelles de son terrain mais également parce que se loger au Luxembourg devient de plus en plus difficile.     

Un chose est certaine, ces micro-maisons ne conviennent pas aux familles nombreuses ni à un style strictement sédentaire.

Jérome Vacca